En 2025, la FINMA a effectué sept contrôles sur place auprès de banques dans le domaine de la gouvernance d’entreprise et de la culture du risque. Elle a constaté à cette occasion que les indicateurs relatifs à la gouvernance et à la culture du risque n’étaient relevés que de manière isolée dans les établissements étudiés. Ces informations ne sont pas portées à la connaissance de la direction ou de l’organe responsable de la haute direction, ou seulement de manière irrégulière. En particulier, les organes responsables de la haute direction n’ont pas été en mesure d’anticiper ou de gérer les évolutions (négatives) de la gouvernance ou de la culture du risque.
Il s’est avéré que la FINMA n’était pas en mesure de déterminer, sur la base des procès-verbaux des réunions de la direction et du conseil d’administration, si des discussions de fond avaient effectivement lieu au sein de ces organes. Lesdits procès-verbaux étaient souvent trop peu détaillés pour permettre de comprendre les discussions et, en particulier, les divergences d’opinions. Les décisions étaient parfois prises de manière informelle et insuffisamment documentées, ce qui va à l’encontre d’une bonne gouvernance.
Lors de l’examen des systèmes d’incitation, la FINMA a constaté que les rémunérations variables et les évaluations des collaborateurs n’étaient pas toujours dans un rapport adéquat. Un tel déséquilibre a compromis une culture du risque et une structure d’incitation saines au sein des établissements. Dans ce contexte, il convient de souligner que l’utilisation de ce que l’on appelle les «relationship manager score cards» a souvent eu pour effet de diluer les points faibles du comportement en matière de compliance par la pondération des différents thèmes, ce qui a eu un effet négatif sur le sens des responsabilités des personnes concernées.
Enfin, dans le cadre des contrôles, la FINMA a constaté que le rôle et la capacité d’impact de la fonction de compliance pouvaient être améliorés, en particulier dans les organisations centrées sur les relationship managers. Des fonctions de contrôle fortes et indépendantes sont l’épine dorsale de tout établissement financier et doivent être ancrées de manière à pouvoir assumer efficacement leurs responsabilités en matière de contrôle.
La FINMA a effectué quatre contrôles sur place auprès de compagnies d’assurance en se concentrant sur la gouvernance et l’efficacité du système de contrôle interne (SCI). Ces contrôles ont révélé, d’une part, des lacunes récurrentes dans la conception et l’efficacité de certaines activités de contrôle et ont permis, d’autre part, de formuler des constatations fondamentales concernant le cadre du SCI et la gouvernance de la gestion des risques. Dans certains cas, la manière dont l’organe responsable de la haute direction assume effectivement sa responsabilité en matière de SCI et vérifie l’efficacité du SCI n’était pas claire. Il est également apparu à plusieurs reprises que les responsabilités entre les activités de contrôle des unités opérationnelles (première ligne de contrôle) et les fonctions de contrôle (deuxième ligne de contrôle) n’étaient pas clairement définies. Afin d’éviter une dilution problématique des responsabilités et de renforcer la responsabilité individuelle des secteurs opérationnels, il convient de délimiter clairement les différentes compétences et de les communiquer. Un cadre SCI efficient est un élément décisif pour un contrôle efficace des risques par la direction et l’organe responsable de la haute direction.
Lorsqu’elle a constaté des lacunes, la FINMA est intervenue pour les corriger. Afin de détecter et d’empêcher à temps les dérives à l’avenir, la FINMA portera davantage sa surveillance préventive et ses interventions sur les aspects de la culture du risque.
L’analyse des risques comme élément central de la prévention du blanchiment d’argent
La définition de la tolérance au risque par l’organe responsable de la haute direction et la surveillance ainsi que la gestion des risques dans le cadre de l’analyse du risque de blanchiment d’argent constituent des éléments centraux de toute prévention efficace du blanchiment d’argent. Avec la communication sur la surveillance 05/2023 «Analyse des risques de blanchiment d’argent selon l’art. 25 al. 2 OBA-FINMA», la FINMA apportait de la transparence sur les observations et expériences qu’elle a tirées de sa pratique de la surveillance des analyses des risques. Depuis, elle a examiné de nombreuses analyses des risques. Elle a alors constaté des progrès tant dans la définition de la tolérance au risque que dans l’organisation de l’analyse des risques. La FINMA a néanmoins identifié un potentiel d’amélioration supplémentaire en 2025.
En particulier, la définition de la tolérance au risque ne citait souvent que des critères d’exclusions obligatoires (par ex. pays et secteurs interdits). Cela n’est pas suffisant. La définition de la tolérance au risque doit tenir compte des risques que l’établissement pourrait prendre, mais ne souhaite pas prendre, et s’inscrit dans la culture du risque. Des mesures d’atténuation des risques étaient aussi décrites dans le cadre de la tolérance au risque. Cependant, ces mesures de réduction des risques ne font pas partie intégrante de la tolérance au risque. Les mesures de réduction des risques s’appliquent aux risques pris par l’établissement conformément à la tolérance au risque définie.
L’évaluation des risques inhérents a de plus posé problème à certains établissements. Ainsi, les mesures de réduction des risques ou la tolérance au risque spécifique de l’établissement ont souvent été prises en compte par erreur lors de l’évaluation des risques inhérents. Cela a eu, par exemple, pour conséquence que des critères de risque tels que les personnes étrangères politiquement exposées (PPE) ou les relations d’affaires avec des structures à l’organisation complexe (par ex. structures de trust enchevêtrées sur différentes juridictions à l’étranger) ont été considérés comme des risques inhérents de criticité moyenne et non de criticité élevée, voire très élevée. La FINMA a exigé des établissements concernés qu’ils remédient à ces manquements.
Pour différents établissements, le niveau de détail que devait présenter l’analyse du risque de blanchiment d’argent n’était par ailleurs pas clair. En principe, plus la tolérance au risque est élevée, plus les critères de risque de blanchiment d’argent doivent être détaillés dans l’analyse du risque de blanchiment d’argent (par ex. au niveau de chaque pays pour le risque-pays).
La FINMA continue de se concentrer sur cette thématique et aura désormais davantage recours à l’instrument de l’analyse du risque de blanchiment d’argent dans sa surveillance des risques de blanchiment d’argent.
Enseignements tirés des contrôles sur place en relation avec la loi sur le blanchiment d’argent
En 2025, la lutte contre le blanchiment d’argent constituait une priorité de l’activité de surveillance dans le domaine de la banque de détail. La FINMA a effectué plusieurs contrôles sur place et il s’est avéré que les clients commerciaux constituaient un segment particulièrement à risque. Ce groupe de clients présente des risques spécifiques concernant l’identification, la surveillance et la traçabilité de l’activité économique.
Dans certains cas, des établissements ont noué des relations clients qui excèdent leur appétit pour le risque et qui n’ont pas été suffisamment comprises par les banques. Par exemple concernant les clients ayant des relations avec l’étranger, des modèles d’affaires particuliers ou des comportements inhabituels en matière de transaction (notamment les opérations de passage).
Les critères signalant la présence de relations d’affaires comportant des risques accrus doivent être développés par chaque banque de manière spécifique à l’établissement. Des contrôles ont montré que certains critères réglementaires indiquant de telles relations d’affaires n’étaient pas systématiquement pris en compte. Et ce, alors que l’intermédiaire financier doit, lorsqu’un critère est jugé non pertinent, justifier sa décision de manière transparente et à l’aide d’indicateurs quantifiables et vérifiables (voir la communication FINMA sur la surveillance 05/2023 «Analyse des risques de blanchiment d’argent selon l’art. 25 al. 2 OBA-FINMA»). D’autres critères ont certes été pris en compte, mais ont été sous-pondérés dans la méthode de scoring de la banque. Ainsi, ils n’ont pour ainsi dire aucune influence sur le classement définitif comme risque accru, ce qui peut déboucher sur une sous-estimation structurelle des risques liés à la LBA.
Les contrôles sur place ont en outre révélé que la fréquence des vérifications périodiques des relations d’affaires comportant des risques accrus était parfois trop faible par rapport aux standards du marché. Certains établissements ont en outre affiché des retards concernant la mise à jour de leurs vérifications, contredisant ainsi leurs propres directives internes. La fréquence des vérifications périodiques doit être adaptée au niveau de risque des relations d’affaires et être soutenue par des ressources suffisantes et qualifiées.
La FINMA attend des intermédiaires financiers qu’ils prêtent une attention particulière aux faiblesses évoquées et qu’ils renforcent en conséquence leurs dispositifs de prévention du blanchiment d’argent si nécessaire.